Design émergent : immersion au cœur de l'exposition Vivement Demain au Mobilier national
D'après la Ville de Paris, la cinquième édition de « Vivement Demain » ouvre ses portes au Mobilier national du 9 au 13 septembre 2026, dans le cadre de la Paris Design Week — et j'avoue, ce genre de…

D'après la Ville de Paris, la cinquième édition de « Vivement Demain » ouvre ses portes au Mobilier national du 9 au 13 septembre 2026, dans le cadre de la Paris Design Week — et j'avoue, ce genre de rendez-vous, c'est exactement ce qui me sort de l'atelier. Cinq jours pour jauger ce que la relève française du design a dans le ventre. Vingt-trois projets, un jury exigeant, du mobilier, des luminaires, des textiles: du concret à tripoter, pas du concept PowerPoint.
L'épreuve du matériau
Le Campus Mode, Métiers d'Art & Design, implanté au cœur de la manufacture des Gobelins, rassemble des formations du CAP au doctorat. Sa sélection 2026 vise la qualité d'exécution et le potentiel créatif, pas la com' Instagram. J'attends de voir si ces jeunes diplômés ont compris que le beau se vérifie au doigt: chant poli, assemblage invisible, tenue dans le temps, absence de porte-à-faux douteux. C'est là que le bât blesse souvent. Un prototype d'école peut bluffer en photo. Sur l'établi, c'est autre chose.
Dans le même mouvement, d'après le relais de l'ambassade de France au Japon, le designer Taiki Fujii remporte la quatrième édition du Prix franco-japonais du design, en partenariat avec les Manufactures nationales – Sèvres et Mobilier national. Basé à Tokyo, diplômé de l'Université Sophia en 2018, passé par Sumitomo Corporation puis par le lancement d'une start-up autour de l'upcycling, il travaille en indépendant depuis 2022 sur des projets mêlant secteur primaire, artisanat et action sociale. Sa résidence d'un mois en France, au contact d'artisans d'exception, doit lui permettre de pousser plus loin cette idée d'objets pensés comme des médiateurs entre les gens.
Le contraste qui pique
À l'autre bout du spectre, la première collection mobilier d'H&M Home, signée Kelly Wearstler, débarque le 3 septembre, selon Fresh Mag Paris. Je ne me fais pas d'illusion. Du tape-à-l'œil accessible, du « design » à prix cassé, des pièces pensées pour finir à la benne dans deux saisons. Pendant que la jeune génération française bosse ses finitions sous le regard d'un jury au Mobilier national, la grande distribution capitalise sur le mot design comme on colle du glitter sur du carton. Kelly Wearstler a du talent, c'est entendu. Mais dans une collection H&M Home, on sait d'avance ce qu'on cherche: du volume de vente, pas de la durée de vie.
Même diagnostic pour SWEEEK, qui mise, d'après Presse Agence, sur le design à petits prix pour sa collection de rentrée parisienne. L'e-commerce du meuble jetable fait son come-back de septembre. Cache-misère général, visserie qui lâche au troisième montage, façades qui gondolent à la première saison de chauffage. Travail bâclé en perspective.
Ce que je vais vérifier sur place
Dans les allées du Mobilier national, mon œil cherchera d'abord les pièces qui dialoguent avec la matière — bois massif, textile brut, métal honnête, et pourquoi pas des incursions en PMMA. Une transparence bien travaillée change tout: jeu de lumière, légèreté visuelle, résistance dans le temps. Si un jeune designer a compris qu'un présentoir en plexiglas qui tient debout dix ans sans jaunir vaut plus qu'une étagère en agglo plaquée chêne, il aura mon respect. Le futur du design, il passe aussi par là. Et c'est précisément parce que je travaille le plexiglas tous les jours que je sais reconnaître une vraie pièce quand j'en croise une.