La chaise monobloc : de l'objet jetable à l'icône du design moderne
Comme le rapportait La Libre.be il y a quelques jours, la pochette du dernier album de Bad Bunny — deux chaises en plastique blanc posées sur une pelouse, bananier en arrière-plan — a remis sur le…

Comme le rapportait La Libre.be il y a quelques jours, la pochette du dernier album de Bad Bunny — deux chaises en plastique blanc posées sur une pelouse, bananier en arrière-plan — a remis sur le devant de la scène un objet que je n'avais jamais vraiment pris le temps d'inspecter à l'atelier: le monobloc en polypropylène. L'artiste portoricain Benito Antonio Martínez Ocasio, qui boucle ce mercredi 22 juillet sa tournée sold-out au stade Roi Baudouin de Bruxelles, réussit un coup d'éclat inattendu: transformer une chaise à quelques euros en icône planétaire.
Posée sur l'établi, la chaise qui ne dit pas son nom
Je l'ai retournée entre mes mains. C'est lisse, froid, moulé d'un seul tenant, sans la moindre visserie, sans le moindre assemblage. Née en 1960, produite à des milliards d'exemplaires, cette pièce se retrouve aujourd'hui dans les jardins, les cours d'école, les terrasses de bistrots — et, selon CNN, jusque dans les ateliers de certains créateurs qui la retravaillent comme une pièce de design haut de gamme. Wallpaper* enfonce le clou: ce serait « l'objet design le plus répandu au monde ». Paola Antonelli, directrice du département architecture et design du MoMA, enfonce encore: « l'aboutissement d'un désir de longue date chez les designers, soit créer la chaise industrielle parfaite ». Soit. Regardons-la à la loupe, pour une fois.
Le revers du décor
Car derrière le blanc immaculé, il y a ce qu'on appelle chez moi un cache-misère. Le polypropylène, c'est du plastique; indissociable de la pièce, il n'autorise ni vis, ni tenon, ni la moindre réparation. Une fêlure, un pied cassé, et c'est la benne. Le bilan écologique suit la même pente que la mode du tout-jetable. Repeindre la chose en madeleine d'enfance portoricaine, en symbole des moments simples partagés sur les réseaux sociaux — jeux de société, lecture, après-midi à déconnecter — ne change rien à la matière. L'engouement autour de Bad Bunny, premier artiste mondial sur Spotify en 2025, a simplement remis en circulation un objet culte. C'est touchant. L'objet, lui, ne s'est pas amélioré pour autant.
Ce que ça dit à notre métier du PMMA
Voilà ce qui m'intéresse, pour notre atelier et tous ceux qui travaillent le plexiglas. La tendance 2026 du retour aux activités analogiques est une bonne nouvelle — à condition de ne pas se laisser bercer par le tape-à-l'œil. Ce qui fait la valeur d'une pièce transparente en PMMA bien travaillée, c'est précisément ce que le monobloc refuse: un chant poli à la main, un assemblage invisible, la possibilité d'être reprise, poncée, réajustée quand elle s'abîme. Le buzz autour d'une chaise à quatre euros ne fait pas un design durable; il fait un effet de mode. Le vrai luxe, dans un monde qui jette, reste ce qui se répare, se démonte, se regarde à la lumière sans avoir besoin de pochette de disque pour exister.