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Dialogues de matières : quand le mobilier contemporain rencontre l'héritage textile

Selon Wallpaper Magazine, l'exposition « Progressive Permanence » présentée dans le cadre du London Design Festival 2026 relève un pari qui nous parle directement: faire dialoguer, dans un même…

Dialogues de matières : quand le mobilier contemporain rencontre l'héritage textile

Selon Wallpaper Magazine, l'exposition « Progressive Permanence » présentée dans le cadre du London Design Festival 2026 relève un pari qui nous parle directement: faire dialoguer, dans un même espace, une pièce contemporaine et un objet patrimonial. La Max Radford Gallery et l'éditeur de tapis Christopher Farr s'associent pour la première fois autour de ce projet, installé dans le studio Shoreditch de Farr. L'idée: confronter des assises et du mobilier d'aujourd'hui aux archives textiles d'une maison fondée en 1988, qui a fait travailler Louise Bourgeois ou Romeo Gigli.

Une scénographie qui mise sur le contraste brut

Le parti pris est sans filtre. Chaque pièce contemporaine a été sélectionnée pour sa capacité à « s'asseoir » aux côtés d'une œuvre textile du XXe siècle. Concrètement, le fauteuil « XR Mesh 2-seater (orange) » (2025) de LS Gomma — un assemblage de caoutchouc polyuréthane et de métal déployé — prend place devant la tapisserie monochrome « Has The Day Invaded The Night? Has The Night Invaded The Day? » (2009) de Louise Bourgeois. Ailleurs, la « Graywacke OffCut Chair » (2024) de Carsten in der Elst, un assemblage brutaliste de chutes de pierre, répond à la « Plate 111 » de Gunta Stölzl, figure du Bauhaus.

Pour nous autres scénographes, la leçon tient en peu de mots: ce n'est pas l'époque qui crée le dialogue, c'est la matière. Le mesh industriel, la pierre brute, le caoutchouc acceptent la conversation avec une laine tissée ou une soie patinée précisément parce qu'aucun des deux partis ne cherche à imiter l'autre. C'est pourquoi Radford a, selon Wallpaper Magazine, choisi chaque tapis d'abord comme objet textile à part entière, avant de chercher l'accroche avec le mobilier.

Ce que vous pouvez tester dans vos propres vitrines

Trois principes ressortent de l'installation, transposables à un parcours de salon ou à une vitrine en PMMA.

D'abord, ne craignez pas le poids visuel. Une pièce massive (chute de pierre, mesh orange vif) n'écrase pas une tapisserie — elle la révèle. C'est l'équivalent, en éclairage de présentation, d'un fond sombre qui rend un objet translucide plus lumineux: le contraste crée la lisibilité, il ne la mange pas.

Ensuite, travaillez la proximité physique plutôt que l'éloignement. Ici, les assises ne sont pas placées à distance respectueuse des textiles, mais presque contre elles, comme si elles partageaient le même plan. Ce choix force le regard à basculer de l'une à l'autre, et c'est ce balayage qui produit la fameuse « interior dialogue » dont parle le galeriste. Pour un présentoir, c'est un rappel utile: trop d'air entre les pièces casse la conversation.

Enfin, soignez l'éclairage de transition. La lampe « Grid Play » de LS Gomma, également présentée dans l'exposition, montre à elle seule ce qu'un luminaire peut faire: structurer le regard sans écraser la matière environnante. Pour vos propres supports, c'est un garde-fou — un faisceau trop serré tuera la texture d'un textile comme celle d'un plexiglas gravé.

À suivre de près

« Progressive Permanence » se tient dans le studio Shoreditch de Christopher Farr pendant le London Design Festival, qui court du 12 au 20 septembre 2026. C'est aussi l'édition où Shoreditch Design Week devient le plus grand district du festival, avec plus de soixante adresses, et où le tout nouveau Soho Design District fait son entrée officielle sur la carte. Pour qui s'intéresse à l'agencement éphémère et à la mise en valeur de pièces en acrylique, le terrain londonien de cette rentrée mérite clairement le détour — ne serait-ce que pour observer comment d'autres professionnels travaillent la matière brute sans la dénaturer.