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L'art de l'assise : quand le design de mobilier bascule vers la sculpture

Selon Designboom, Christie’s Beverly Hills accueillera du 25 au 30 septembre une exposition de 50 chaises réunies par Basic.Space. Toutes seront disponibles à l’achat, mais peu ressemblent à la chaise que l’on tirerait simplement sous une table.

L'art de l'assise : quand le design de mobilier bascule vers la sculpture

Pour moi, l’intérêt n’est pas de compter les signatures prestigieuses: c’est d’observer jusqu’où un objet aussi banal qu’un siège peut être poussé avant de devenir sculpture, manifeste ou pur tape-à-l’œil.

Une chaise, puis tout ce qu’on ose lui faire subir

Sur mon établi, je commence toujours par la même question: où le corps se pose-t-il, et qu’est-ce qui le maintient au-dessus du sol? Le reste, c’est de la construction. Ou du cache-misère.

La sélection de Basic.Space semble justement jouer sur cette frontière. Le LCW de Charles et Ray Eames apparaît dans une rare version en cuir de veau, produite en 2002 pour une vente Christie’s et présentée par l’Eames Foundation. À l’autre extrémité, une chaise en laiton martelé de Philippe Hiquily, réalisée dans les années 1970 et issue de la collection de Kelly Wearstler, se rapproche davantage de la sculpture que du siège quotidien.

La Elda Chair de Joe Colombo, créée en 1963, enveloppe le corps dans une large coque en fibre de verre moulée. Rick Owens durcit encore le propos avec son Stag Stool: du contreplaqué noir, surmonté d’un bois de cervidé naturel qui s’élève sur un côté. On est loin du mobilier discret que l’on glisse contre un mur. Ces pièces occupent l’espace. Elles le commandent presque.

La Trumpet Dining Chair de Sam Klemick travaille une autre étrangeté. Ses pieds en bois s’élargissent vers le sol, tandis que le dossier semble s’affaisser et se froncer, comme si le matériau avait ramolli sous son propre poids. C’est exactement le genre de détail qui m’intéresse: non pas une finition brillante pour faire joli sur une photographie, mais une déformation mise au service de la forme.

Le transparent n’est pas toujours du Plexiglas

La Lounge Chair 01 – Transparent Blue de SeungJin Yang est probablement la pièce la plus immédiatement lisible de l’ensemble. Le designer part de ballons, les recouvre et les fixe dans de la résine, jusqu’à transformer leurs volumes gonflés en mobilier rigide. Le résultat garde la mémoire de l’air: accoudoirs arrondis, coussins bombés, silhouette presque gonflée.

Ici, le mot « transparent » mérite qu’on s’arrête. Une apparence translucide ne suffit pas à faire un bon objet en PMMA. Dans le plexiglas, je regarde la netteté des chants, la régularité du polissage, les raccords et la manière dont la lumière traverse la matière. Dans cette chaise, la résine conserve au contraire l’empreinte du ballon et sa tension visuelle. Ce n’est pas une leçon de fabrication en acrylique, mais une démonstration utile: la transparence peut révéler un volume, pas seulement l’effacer.

Pour un présentoir, une assise ou un meuble transparent, la question reste la même: la matière est-elle réellement travaillée, ou sert-elle simplement de surface spectaculaire? Une forme complexe ne pardonne rien. La moindre micro-rayure, le moindre bord mal repris ou l’assemblage approximatif devient visible immédiatement. Le transparent ne cache pas le travail bâclé. Il l’expose.

Une exposition façonnée par les collectionneurs

Les 50 pièces ne proviennent pas toutes du même circuit. Certaines arrivent par des galeries, d’autres directement de personnes qui les ont collectionnées ou utilisées. Eric Wareheim prête ainsi la Elda Chair, Kelly Wearstler apporte la pièce de Hiquily, tandis que Giampiero Tagliaferri et Adrien Dewulf contribuent à la chaise ruban CL9.

Ce détail change la lecture de l’exposition. On ne regarde pas seulement une chronologie du design ou une vitrine de noms connus. On voit aussi passer des goûts personnels, des objets réellement conservés, des choix de collectionneurs. Basic.Space construit l’ensemble à partir de son propre réseau de designers, d’artistes et de créatifs, dans la continuité de ses événements physiques et après ses acquisitions de Design Miami et Platform, selon Designboom.

Le verdict est donc moins simple qu’un classement de chaises « belles » ou « pratiques ». Cette exposition rappelle qu’un siège peut rester un outil — poser le corps, tenir, durer — tout en devenant une masse, une coque, une anomalie ou une sculpture. Mais une signature et une silhouette insolite ne remplacent jamais un bon assemblage. Une chaise peut réinventer l’acte de s’asseoir; elle doit tout de même survivre au premier usage. C’est là que le spectacle s’arrête, et que le vrai travail commence.