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Panton Chair contre Monobloc : le duel des icônes en plastique

Carlo Ratti, architecte, publie dans Wallpaper* un texte estival où il parcourt l'Italie à travers ses objets du quotidien — et s'arrête longuement sur la chaise Monobloc, ce monstre sacré du moulage qui divise la planète entre fidèles et contempteurs.

Panton Chair contre Monobloc : le duel des icônes en plastique

Comme artisan qui travaille le plexiglas tous les jours sur mon établi, je ne pouvais pas laisser passer l'occasion de mettre mon grain de sel: derrière le plastique injecté, il y a deux écoles, deux morales, et deux façons très différentes de considérer un même matériau.

Panton, Monobloc: même matière, deux destins

D'un côté, la Panton Chair de Vitra, qu'on retrouve, d'après les agrégateurs de flux, en promotion blanche chez Finnish Design Shop. Un classique du design où l'on sent encore la patte du créateur. De l'autre, le Monobloc que décrit Ratti: plus d'un milliard d'exemplaires produits dans le monde, et une seule entreprise italienne qui en sortirait dix millions par an à quelques euros pièce. Même matière première, deux fins radicalement opposées. L'une reste un objet que l'on regarde; l'autre est devenue un bruit de fond visuel, au point que certaines villes — Ratti rappelle que Bâle l'a purement et simplement bannie entre 2008 et 2017 — finissent par l'interdire dans leurs espaces publics. Ratti l'avoue lui-même: il ne sait pas trop quoi en penser, entre amour et haine. Je le comprends.

Ce que la matière raconte du geste

Ratti note que tout commence avec Joe Colombo et son Universale 4867, produite par Kartell dans les années 1960 et aujourd'hui conservée au MoMA. Une chaise entièrement obtenue par addition — le plastique fondu injecté dans un moule, sans assemblage, sans tenons, ni mortaises. C'est exactement là que le bât me blesse, à l'atelier. Quand tout disparaît dans le moule, il ne reste plus que le moule. Plus de chant à polir à la main, plus d'assemblage invisible à juger à la loupe, plus de fibre à vérifier: juste une coque uniforme que personne n'a vraiment touchée. Ratti cite son collègue du MIT Ethan Zuckerman, pour qui le Monobloc serait devenu si omniprésent qu'il aurait fini par tout simplement disparaître. Vu comme ça, je comprends mieux pourquoi tant de gens le détestent passionnément tout en continuant de le sortir pour le barbecue.

Et nous, artisans du plexiglas, dans tout ça?

Sur mon établi, le PMMA se travaille à l'opposé de cette logique. On le coupe, on le chanfreine, on le polit, on l'assemble, on choisit l'épaisseur, on dose la transparence. La chaise — ou le présentoir, ou la bibliothèque — qui m'intéresse est celle où l'on devine encore la main qui l'a faite, jusqu'à la micro-rayure près. Pour tous ceux qui vendent ou achètent aujourd'hui du mobilier transparent, la leçon tient en une seule question, à se poser avant de signer le bon de commande: votre pièce est-elle un meuble, ou aurait-elle aussi bien pu être dix millions d'autres? Si vous ne pouvez pas répondre, c'est que vous avez payé un Monobloc en plus cher. Et le Monobloc, par définition, on ne le paie jamais assez.