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Le plexiglas s'invite au Palacio de Santa Bárbara : quand l'artisanat redéfinit le design

Le salon madrilène ART IN PLACE a calé quatre-vingts créateurs dans les murs du Palacio de Santa Bárbara, avec au casting de la résine acrylique assumée à côté de la sculpture et du mobilier design.

Le plexiglas s'invite au Palacio de Santa Bárbara : quand l'artisanat redéfinit le design

Pour nous qui travaillons le Plexiglas au quotidien, cette présence n'est pas anecdotique — elle déplace le curseur de légitimité d'un matériau trop longtemps cantonné aux présentoirs de boutique et aux protège-docs de bureau. Quand un événement de cette envergure revendique l'acrylique comme matière de création à part entière, c'est la reconnaissance que le travail patient du coulage, du polissage à la main et du chant travaillé mérite d'être exposé au même titre qu'un beau siège.

Le piège de l'acrylique relooké

Le Salone del Mobile Milano vient de mettre en avant l'hybridation croissante entre maisons de mode et mobilier design, citant notamment la réinterprétation de classiques en plastique et matériaux innovants par Kartell avec La DoubleJ. C'est exactement le travers que je redoute: l'opération marketing qui prend une matière noble, la passe à l'injection industrielle en série et vend le résultat comme une réinterprétation contemporaine. Pour ART IN PLACE, la question sera de savoir s'ils tiennent l'exigence artisanale ou s'ils cèdent à la facilité du tape-à-l'œil. De mon côté de l'établi, je reconnais un collage cache-misère en trois secondes — une facette mal jointe, un chant qui brille sous un angle et pas sous l'autre, une plaque qui sonne creux, une arête vive qui n'a rien à faire là.

Ce qu'il faut vraiment regarder sur place

Si la programmation croise l'angle défendu par L'Expression — le patrimoine comme vision contemporaine du mobilier —, on aura droit à des pièces où la profondeur historique du matériau sera lisible, où chaque geste de fabrication laisse une trace assumée plutôt qu'une finition industrielle aseptisée. Et pour qui veut comparer avec l'institutionnel français, les Journées du Patrimoine 2026 ouvrent les ateliers du Mobilier national: autre manière de voir comment on traite la matière quand la longévité compte plus que le buzz d'un lancement. Pour nous, artisans du Plexiglas, le vrai indicateur sera simple: la pièce exposée à Madrid supportera-t-elle dix ans d'usage? Ou livrera-t-elle ses micro-rayures, son jaunissement et son voile terne dès la première mise en lumière?

Le rendez-vous est noté. Je jugerai sur pièce, comme toujours.