Que faire à Prague : notre test scénographique de 3 musées
Prague aligne ses curiosités avec une densité qui force le respect, et une indifférence certaine pour l’étiquetage.

Que faire à Prague: notre test scénographique de 3 musées
Trois lieux concentrent ce que la capitale tchèque propose de plus contrasté en matière de scénographie: un musée fonctionnaliste qui prend ses collections au sérieux plutôt que de les faire briller, une tour de 63,5 mètres construite en 1891 qui s’inspire de la tour Eiffel avec un culot magnifique, et un clocher baroque de 65 mètres, achevé vers 1755, que la police secrète communiste a utilisé comme poste d’observation pendant près de vingt-cinq ans. Voilà mon terrain d’analyse. Pas une carte postale: un établi, une loupe et trois objets à disséquer.
À voir et à faire à Prague
Je ne jugerai pas la « beauté » de Prague, c’est un débat de brochures. Je regarderai la qualité de la mise en scène, la tenue des finitions et ce que le visiteur traverse physiquement quand il pousse la porte. Le sujet n’est donc pas seulement de savoir que faire à Prague, mais de comprendre comment trois lieux très différents organisent le regard, le déplacement et la mémoire.
Une scénographie qui marche, c’est une scénographie qu’on ne voit pas. Quand on la remarque, c’est qu’elle a déjà perdu.
Le Musée technique national: la sobriété qui assume
Installé à Letná, au 42, rue Kostelní, le Musée technique national (Národní technické muzeum) occupe un bâtiment fonctionnaliste dessiné par l’architecte Milan Babuška entre 1938 et 1941. La fondation du musée, elle, remonte à 1908: décalage classique entre une institution et son écrin tardif. Il s’agit aujourd’hui de l’un des plus grands musées techniques d’Europe centrale, avec quinze expositions permanentes couvrant les transports, l’astronomie, la photographie, l’architecture et l’industrie.
Pour qui s’intéresse à la scénographie de musée à Prague, c’est le lieu le plus immédiatement lisible. Il ne cherche pas à séduire par un effet d’ambiance permanent. Il pose plutôt une question simple: que peut produire un bâtiment conçu pour la clarté, lorsqu’on lui confie des objets qui ont eux-mêmes une forte présence visuelle?
Le bâtiment comme premier cartel
Le parti pris fonctionnaliste est une déclaration d’intention. Pas d’ornements, pas de clinquant, pas de façade qui cherche à amadouer le passant: une enveloppe sobre qui pose l’objet technique comme sujet principal. En entrant, on ne traverse pas un sas à sensations. On arrive dans un espace qui donne la priorité à l’observation, à l’échelle des pièces et à la compréhension de leur fonctionnement.
C’est un choix scénographique rare. Dans le paysage pragois, saturé de décors baroques, de façades restaurées et de perspectives monumentales, le musée détonne par sa retenue. Il ne joue pas contre la ville, mais il ne cherche pas non plus à l’imiter. Le bâtiment garde une logique presque industrielle: volumes francs, circulation identifiable, architecture qui ne se déguise pas en décor.
Ce choix impose une discipline que peu de musées tiennent durablement. Sans béquille décorative, il ne reste que la qualité des cartels, la lisibilité des socles, la hiérarchie des informations et la tenue de l’éclairage. Une vitrine mal proportionnée ou un objet posé trop bas se remarque immédiatement. La sobriété ne pardonne rien.
Le musée possède aussi une qualité pratique: ses collections sont assez variées pour retenir des visiteurs qui ne sont pas spontanément passionnés de technique. On peut y entrer pour les transports et s’attarder devant la photographie, l’architecture ou l’astronomie. Cette diversité ne fonctionne que parce que le bâtiment fournit une grammaire commune. Les sections changent, mais le visiteur reste dans une institution cohérente.
La halle des transports: la pièce qui justifie le déplacement
La grande halle des transports rassemble automobiles, motocyclettes et aéronautique dans un volume unique, à l’échelle industrielle. C’est le genre d’espace où mon œil d’artisan cherche trois choses: la hauteur sous plafond, la circulation du visiteur et la mise à distance des pièces.
La hauteur tient. Les véhicules respirent. On peut tourner autour, comparer les silhouettes et comprendre les proportions sans être constamment arrêté par une cloison ou un dispositif spectaculaire. La circulation est suffisamment fluide pour éviter l’effet de couloir, mais elle ne dissout pas la collection dans un simple hangar. Le volume donne aux objets leur place sans leur fabriquer un décor.
Ce qui fonctionne, c’est l’absence de cache-misère. Pas de podium tape-à-l’œil, pas de fond peint qui simule un atelier d’époque, pas d’immersion forcée dans une fiction industrielle. Les machines sont posées, datées, étiquetées. La scénographie ressemble ici à celle d’un atelier bien tenu: on montre l’objet, on lui laisse de l’espace, on indique ce qui mérite d’être compris.
Le revers est prévisible. Certains visiteurs trouveront l’ensemble trop froid, trop frontal, trop peu théâtralisé. C’est une critique recevable, mais elle ne condamne pas le dispositif. Le musée ne promet pas une attraction. Il propose une rencontre avec des objets dont la forme, la matière et la fonction suffisent souvent à produire l’intérêt. Tant pis pour les amateurs de fumée artificielle.
La question des finitions se pose surtout dans les zones de transition. Une grande halle peut être impressionnante sans être confortable. Les changements de sol, la densité des cartels et la hauteur des informations influencent davantage la visite que ne le laisse penser la masse des véhicules. Dans un espace aussi ouvert, le moindre défaut de rythme devient visible: trop d’objets rapprochés, et l’œil décroche; trop d’espace vide, et la collection semble sous-exploitée.
La mine reconstituée: le coup d’éclat souterrain
Au sous-sol, le musée abrite une reconstitution de mine d’environ 600 mètres de longueur. Six cents mètres: voilà le genre de chiffre qui transforme une exposition en parcours. On descend, on progresse dans une galerie reconstituée avec boisage, matériel d’extraction et éclairage d’ambiance. Ce n’est pas un thème de plus, c’est une expérience.
La mine change la relation au corps. Dans la halle des transports, le visiteur se déplace autour des pièces. Ici, il avance à l’intérieur d’un dispositif qui réduit le champ visuel et règle la vitesse de découverte. La scénographie n’est plus seulement une question de présentation: elle devient une gestion de la progression. La largeur des passages, les changements de lumière et les ruptures de niveau produisent une séquence que le musée peut difficilement obtenir dans ses espaces plus ouverts.
Côté mise en scène, la mine assume sa part d’artifice. Le bois est vieilli, les galeries sont volontairement étroites et le goutte-à-goutte participe à l’ambiance. Mais l’artifice reste honnête. On sait qu’on est dans une reconstitution, et on l’accepte parce que la cohérence est tenue. Le décor ne prétend pas effacer le musée; il fournit une situation de compréhension.
C’est exactement ce que j’attends d’une mise en scène: qu’elle prenne ses responsabilités. Une reconstitution n’a pas besoin de se faire passer pour une preuve intacte du passé. Elle doit annoncer son statut, contrôler ses effets et donner au visiteur assez d’éléments pour lire ce qu’il traverse. La mine y parvient mieux que beaucoup de dispositifs qui confondent immersion et accumulation d’accessoires.
Au Musée technique national, le décor n’essaie pas de voler la vedette aux objets. Il leur donne simplement assez d’espace pour parler.
La tour de Petřín: le culot de 1891
La tour de Petřín (Petřínská rozhledna) a été construite en 1891 à l’occasion de l’Exposition jubilaire de Prague, en s’inspirant de la tour Eiffel. Elle mesure 63,5 mètres de hauteur et son sommet s’atteint par un escalier en colimaçon de 299 marches.
La comparaison avec Paris doit toutefois être formulée proprement. La tour de Petřín n’est pas une petite tour Eiffel en fonte. C’est une structure en acier, tandis que la tour Eiffel est réalisée en fer puddlé. La ressemblance est donc d’abord une affaire de silhouette, de contexte et d’intention: même goût pour la prouesse visible, même volonté de transformer une structure métallique en symbole urbain, mais pas le même matériau ni la même échelle.
L’argument structurel
À sa construction, la tour Eiffel n’avait que deux ans. Bâtir à Prague une tour inspirée du monument parisien — plus basse, installée sur une colline boisée et pensée pour un autre paysage — était un geste architectural qui mêlait admiration, défi technique et affirmation nationale. La jeune Bohême industrielle entendait montrer qu’elle savait construire et inscrire cette capacité dans son propre territoire.
C’est cet argument qu’il faut comprendre avant de monter. On ne gravit pas la tour de Petřín uniquement pour voir un monument. On gravit une déclaration. Celle-ci s’use avec le temps, comme toute déclaration, mais la structure conserve son efficacité. Elle reste immédiatement reconnaissable, suffisamment légère pour ne pas écraser la colline et assez présente pour organiser le panorama à distance.
La tour ne fonctionne donc pas comme un objet isolé. Elle prolonge la promenade sur la colline et transforme le déplacement vers son sommet en partie intégrante de la visite. Le paysage boisé n’est pas un simple arrière-plan. Il prépare progressivement l’apparition de la structure, puis son retournement vers la ville.
299 marches: la scénographie du corps
Deux cent quatre-vingt-dix-neuf marches en colimaçon, c’est un parti pris scénographique que je trouve personnellement brillant. La montée impose un rythme, une respiration et une série de cadrages partiels. On ne reçoit pas Prague en une seule image. On la reconstruit par fragments, entre les barreaux, les paliers et les ouvertures.
La tour dispose d’un ascenseur, mais son usage, son accès et les conditions de visite peuvent dépendre de l’organisation du site. L’escalier reste donc l’expérience la plus évidente pour la plupart des visiteurs qui souhaitent atteindre le sommet. Il serait faux de présenter la tour comme un lieu sans ascenseur; il serait tout aussi trompeur de faire comme si la présence de cet équipement supprimait toutes les difficultés d’accès. La colline est raide, l’escalier intérieur est étroit et la plateforme supérieure n’est pas un espace universellement confortable.
Pour les personnes à mobilité réduite, la question est réelle. Elle ne se résume pas à la présence ou à l’absence d’un appareil. Elle concerne aussi le chemin jusqu’à la tour, les pentes, les espaces d’attente, les circulations intérieures et la possibilité de profiter du panorama dans de bonnes conditions. Mieux vaut vérifier les modalités d’accès auprès du site avant la visite plutôt que de transformer une information partielle en promesse.
Pour les autres, l’effort conditionne le regard. Quand on débouche sur la plateforme, on n’est plus dans la contemplation touristique passive. On est dans la récompense. La vue panoramique sur Prague arrive au bout d’une progression physique, et c’est précisément ce qui lui donne une intensité particulière. La tour scénographie moins le paysage que le visiteur lui-même.
Ce qu’on voit d’en haut
La vue couvre une bonne partie de la vieille ville, la Vltava et ses ponts, ainsi que la silhouette de Hradčany. La scénographie du panorama n’a rien d’artificiel: c’est la géographie de Prague qui fait le travail. La ville se déploie par couches, avec les toits, les clochers, les ponts et les reliefs qui composent une image moins plate qu’une simple vue panoramique.
Le seul reproche que je formulerais concerne les grilles et les protections latérales, qui cadrent le regard plus qu’elles ne le libèrent. À 63,5 mètres, on aimerait parfois sortir du cadre. Mais cette contrainte participe aussi à la sensation de hauteur. Une vue totalement dégagée serait peut-être plus spectaculaire en photographie, pas forcément plus intéressante dans l’espace réel.
La tour mérite enfin d’être regardée depuis la colline avant d’être gravie. D’en bas, la structure apparaît comme un objet presque graphique. D’en haut, elle devient une machine à cadrer. Cette inversion est une réussite simple, lisible et sans surcharge.
Le clocher de l’église Saint-Nicolas: du baroque au mirador
Le clocher de l’église Saint-Nicolas de Malá Strana (Svatomikulášská městská zvonice), achevé vers 1755 et conçu par Kilián Ignác Dientzenhofer, s’élève à 65 mètres de hauteur. Il se distingue du clocher principal de l’église, qui est un autre édifice: la confusion est fréquente, mais elle brouille la lecture du site.
Le clocher est moins démonstratif que la tour de Petřín et moins méthodique que le Musée technique national. Sa force tient à la superposition des usages. On visite à la fois une architecture baroque, un point d’observation et un lieu chargé par une histoire politique plus récente.
La double lecture du monument
Ce clocher a deux histoires superposées, et c’est ce qui le rend scénographiquement passionnant. La première, officielle, est celle d’un ouvrage baroque tardif associé à Kilián Ignác Dientzenhofer, figure majeure de l’architecture sacrée pragoise. La seconde est clandestine: des années 1960 aux années 1980, la police secrète communiste, la StB, l’a utilisé comme poste d’observation pour surveiller les ambassades occidentales voisines.
Le visiteur monte donc dans un édifice qui a successivement servi au culte, à la surveillance et à l’observation touristique. Ces fonctions ne s’annulent pas. Elles produisent au contraire une épaisseur particulière, à condition que la visite sache les faire tenir ensemble.
Le baroque apporte la verticalité, la mise en scène des volumes et la puissance des proportions. L’histoire de la StB introduit la dissimulation, le contrôle des regards et la politique de la vue. Dans un cas, l’architecture élève le regard; dans l’autre, elle permet de le diriger vers des cibles précises. Le même bâtiment change de sens selon la position de celui qui l’occupe.
C’est un programme muséal qui s’écrit presque tout seul. Si le site ne raconte pas explicitement cette continuité, c’est un manque. S’il la raconte, il doit le faire sans transformer l’histoire de la surveillance en simple anecdote pittoresque. La difficulté est là: montrer la matérialité du poste d’observation, mais aussi expliquer ce que surveiller signifiait dans le contexte politique de l’époque.
La mise en valeur actuelle
Côté scénographie contemporaine, l’histoire de la StB mérite une muséographie à la hauteur du sujet. L’édifice lui-même, en pierre baroque patinée, porte cette histoire dans ses murs, mais les murs ne parlent jamais tout seuls. Ils suggèrent, ils impressionnent, ils donnent une atmosphère. Il faut ensuite des textes, des documents et une signalétique capables de relier les espaces à leur fonction passée.
Le geste architectural de Dientzenhofer reste lisible: la coupole, la lanterne et les proportions imposent leur logique, même lorsque l’intérieur mériterait parfois une signalétique plus audacieuse. Le clocher est un lieu où l’on peut facilement se contenter de la montée et du panorama. Ce serait dommage. La vue est un argument, pas un contenu suffisant.
La circulation produit une expérience différente de celle de Petřín. Les paliers et les escaliers ne conduisent pas vers une structure métallique ouverte, mais à travers une architecture plus épaisse, plus fragmentée, où chaque seuil peut devenir un point d’arrêt. Le visiteur alterne entre la sensation de découvrir un monument et celle de pénétrer dans un dispositif de contrôle ancien.
Un monument qui a servi deux fois, c’est deux fois plus de matière à scénographie. À condition de ne pas la laisser dormir.
Le clocher est probablement le plus court des trois parcours, mais sa brièveté n’est pas un défaut. Elle peut même être un avantage dans une journée chargée. Il suffit de ne pas lui demander ce qu’il ne promet pas: ce n’est pas une grande exposition historique, mais un monument dont l’architecture, le panorama et la mémoire politique doivent être lus ensemble.
Analyse comparative des flux et de l’expérience de visite
Les trois lieux ne se distinguent pas seulement par leurs collections ou leur hauteur. Ils organisent trois types de déplacement.
Au Musée technique national, le visiteur circule principalement autour des objets. Le dispositif repose sur la distance, la comparaison et la possibilité de revenir sur ses pas. La grande halle autorise une lecture latérale: on avance, on se décale, on observe une machine sous un autre angle. La mine reconstituée inverse ce principe. On n’est plus autour de l’objet, mais dans un parcours qui impose une progression et resserre l’attention.
À la tour de Petřín, le déplacement est vertical et répétitif. Les 299 marches ne sont pas une simple difficulté à surmonter. Elles déterminent la durée de l’approche et produisent une accumulation de regards partiels. Le panorama final a d’autant plus de force qu’il arrive après une montée régulière, sans alternative narrative ou décorative.
Au clocher Saint-Nicolas, la circulation est plus discontinue. Les paliers, les ouvertures et les changements d’échelle font alterner compression et dégagement. L’expérience dépend davantage de la capacité du visiteur à comprendre les usages successifs du bâtiment. Sans cette lecture, il ne reste qu’un escalier vers une vue. Avec elle, chaque niveau devient un indice.
| Paramètre | Musée technique national | Tour de Petřín | Clocher Saint-Nicolas |
|---|---|---|---|
| Logique de circulation | Parcours autour des objets, puis immersion dans la mine | Montée verticale organisée par l’escalier | Progression par paliers dans un édifice historique |
| Rapport au décor | Le bâtiment reste sobre et laisse les collections dominer | La structure et la colline composent le dispositif | L’architecture baroque constitue le premier décor |
| Effort physique | Modéré, avec des espaces majoritairement praticables à plat | Important pour l’escalier et l’approche de la colline | Modéré, mais dépendant des escaliers et des paliers |
| Nature du regard | Analytique, comparatif, rapproché | Panoramique, progressif, récompensé par la hauteur | Alternance entre détail architectural et vue urbaine |
| Point fort | Cohérence fonctionnaliste et richesse des collections | Relation entre effort, structure et panorama | Superposition du baroque et de l’histoire de la surveillance |
| Limite principale | Une ambiance parfois froide pour les visiteurs non techniques | Accessibilité et confort variables selon le parcours | Muséographie contemporaine parfois moins forte que le monument |
| Temps à prévoir | Deux heures au minimum, jusqu’à une demi-journée | Environ une heure à une heure trente | Environ trente à quarante-cinq minutes |
Ce tableau n’a rien d’universel. Il sert à poser une décision en cinq minutes, pas à remplacer la visite. Le meilleur choix dépend du type d’attention que l’on veut mobiliser. Pour observer des objets et des dispositifs, le musée s’impose. Pour éprouver la ville par le corps, Petřín est plus convaincante. Pour lire une architecture dans ses usages successifs, le clocher Saint-Nicolas offre le matériau le plus dense.
Comment organiser une à trois journées à Prague
Les trois lieux précédents s’intègrent dans une carte plus large. Prague n’est pas grande, mais elle est dense, et il est facile de perdre du temps dans des files, des détours ou des trajets mal anticipés.
Répartition par nombre de jours
Pour une seule journée, le Musée technique national se combine mal avec la vieille ville: ils ne se trouvent pas dans le même secteur et la visite du musée mérite mieux qu’un passage expédié entre deux monuments. Privilégiez alors la tour de Petřín ou le clocher Saint-Nicolas, à proximité de Malá Strana et des itinéraires menant vers le château. Le musée restera pour une prochaine fois.
Pour deux jours, le schéma classique tient bien. La vieille ville et le quartier juif peuvent occuper la première journée, avec Staré Město et Josefov. Le château et Malá Strana prennent naturellement place le deuxième jour, avec au choix la tour de Petřín ou le clocher Saint-Nicolas en fin d’après-midi. Le Musée technique national devient alors une option de demi-journée, à condition d’accepter de lui consacrer un créneau entier plutôt que de vouloir le glisser entre deux visites.
Pour trois jours, on respire. Le troisième jour peut basculer vers Letná, le Musée technique national et une redescente à pied par le parc vers la vieille ville. C’est l’option la plus équilibrée pour qui s’intéresse à la scénographie tchèque au sens large: elle permet de comparer une institution conçue autour des collections avec deux monuments où le bâtiment lui-même devient le principal dispositif d’exposition.
Quartiers à intégrer
Quatre quartiers structurent la majorité des visites.
- Staré Město, la vieille ville, concentre la place de la Vieille-Ville, l’horloge astronomique et l’approche du pont Charles. C’est le secteur où la densité patrimoniale peut devenir étourdissante: les perspectives sont nombreuses, mais rarement neutres.
- Josefov, l’ancien quartier juif, est plus resserré et demande une visite attentive. Le matin permet généralement de mieux mesurer les espaces avant que la foule ne réduise les temps d’arrêt.
- Malá Strana, le Petit Côté, offre ses façades baroques, ses rues en pente et le clocher Saint-Nicolas. C’est le quartier où la promenade et la visite monumentale se répondent le mieux.
- Hradčany, autour du château, organise la ville par la hauteur, les jardins et les perspectives. Il complète naturellement une visite de Petřín, même si les deux sites ne produisent pas le même type de panorama.
- Letná, où se trouve le musée, est plus aérien et plus local dans son atmosphère. La lumière de fin d’après-midi y est particulièrement intéressante pour comprendre le rapport entre le bâtiment fonctionnaliste, le parc et la ville.
Transports et logique sur place
Prague se parcourt à pied, et c’est un atout. Les distances entre la vieille ville, Malá Strana, Hradčany et Petřín restent compatibles avec des trajets à pied, mais il faut tenir compte des pentes, des pavés et de la fatigue accumulée par les visites. Une carte peut donner l’impression que deux lieux sont voisins alors que le relief change complètement la durée réelle du déplacement.
Letná n’est pas desservie directement par le métro. Pour rejoindre le Musée technique national, le tramway est le moyen le plus logique depuis le centre et le principal mode d’accès au quartier. Il évite un détour inutile et permet d’arriver plus près de l’axe de visite. Le métro reste pertinent pour les trajets plus longs à l’échelle de Prague, mais il ne faut pas le présenter comme la solution naturelle pour atteindre Letná.
Le tramway est également utile pour réduire les liaisons qui combinent distance et dénivelé. La marche reste le meilleur choix pour qui veut lire la ville, mais elle n’est pas une obligation morale. À Prague, le bon itinéraire est celui qui conserve assez d’énergie pour la visite elle-même.
Ce qu’il faut réserver à l’avance
Trois points seulement méritent une attention particulière. Les billets pour le château de Prague peuvent nécessiter une organisation préalable, surtout en haute saison. La tour de Petřín peut également être très fréquentée et justifier une vérification des conditions de visite avant de se déplacer. Le Musée technique national accueille généralement les visiteurs sans réservation, sauf pour certains créneaux ou certaines expositions temporaires.
Pour les trois sites étudiés ici, mieux vaut consulter les informations officielles quelques semaines à l’avance plutôt que de découvrir le matin même une modification d’horaires, une restriction d’accès ou un dispositif particulier. Ce n’est pas du perfectionnisme administratif. Une fermeture ponctuelle peut déséquilibrer toute une journée organisée autour d’un quartier.
Quand venir
Avril-mai et septembre-octobre offrent souvent une lumière favorable et une fréquentation plus facile à supporter que le plein été. L’été concentre l’afflux, allonge les files et rend les déplacements plus pénibles, surtout lorsqu’ils combinent pavés, pente et chaleur. L’hiver vide les rues, mais raccourcit les jours et peut réduire l’intérêt des panoramas en fin d’après-midi.
La météo joue aussi sur la hiérarchie des visites. Une journée pluvieuse valorise le Musée technique national, dont les espaces intérieurs permettent de tenir plusieurs heures sans subir la ville. Une journée claire donne davantage de poids à Petřín et au clocher Saint-Nicolas. Ce n’est pas une raison pour choisir un site uniquement en fonction du ciel, mais c’est une bonne manière d’éviter une visite mal accordée à la situation.
Verdict
Sur ces trois sites, ma hiérarchie est nette. Le Musée technique national l’emporte par la cohérence de son parti pris scénographique: quinze expositions, une mine d’environ six cents mètres, une halle des transports qui assume son volume et un bâtiment qui refuse de surjouer l’émotion. C’est le lieu le plus complet pour qui veut observer comment une institution organise des objets techniques sans les noyer sous le décor.
La tour de Petřín arrive ensuite, portée par la beauté du geste de 1891, par sa structure en acier et par la rigueur de l’effort physique qu’elle impose. Il faut simplement parler juste de son accès: l’ascenseur existe, mais l’expérience reste largement structurée par l’escalier, la montée et les contraintes propres à la colline. C’est cette combinaison entre architecture, corps et paysage qui fait sa singularité.
Le clocher Saint-Nicolas complète le trio par sa charge historique. Sa valeur ne se limite pas au panorama baroque. Elle tient à la coexistence de plusieurs régimes du regard: celui de l’architecture religieuse, celui de l’observation urbaine et celui de la surveillance politique. À condition que le site continue de traiter sérieusement son passé lié à la StB, il offre une visite courte mais particulièrement dense.
Prague n’est pas une ville de musée unique. C’est une ville de strates, et ces trois lieux en concentrent trois: la rigueur industrielle, le geste d’une exposition de 1891 et la duplicité d’un clocher baroque devenu poste d’observation. À celui qui cherche que faire à Prague avec un intérêt pour les espaces, les objets et les parcours, je conseillerais le musée d’abord, la tour ensuite et le clocher pour clore. Dans cet ordre, sans se presser, et en laissant au tramway le soin de ramener la ville à une échelle praticable.



