Rétrospective Pierre Paulin au musée Fabre : l'art de sculpter l'espace et le confort
Selon Midi Libre, le musée Fabre de Montpellier consacre jusqu'au 1er novembre une rétrospective à Pierre Paulin, designer français trop longtemps mis au rancart.

C'est la toute première exposition de design du XXe siècle proposée par l'institution. Pour qui travaille le plexiglas, le polycarbonate ou le PMMA, c'est un événement à ne pas rater: Paulin a pensé le mobilier comme un espace global, et cette approche résonne directement avec ce que nous essayons de faire chaque jour dans l'atelier, quand nous coupons, polissons et collons une plaque acrylique.
L'homme qui pensait pièce, pas catalogue
Paulin ne dessinait pas des meubles. Il dessinait des espaces. C'est une nuance que la production de masse a effacée et que son travail, arrêté en 2009 à Montpellier à 81 ans, réintroduit avec une violence tranquille. Le Fonds Pierre Paulin — créé par sa veuve Maïa et leur fils Benjamin, tous deux actifs dans le milieu culturel montpelliérain — prête les pièces; les Manufactures nationales (Sèvres et Mobilier national) apportent le clou de l'exposition: la reconstitution du fumoir de l'Élysée.
J'insiste sur ce détail, parce qu'il parle à tout artisan du plexiglas. Le fumoir, installé en 1972 pour le président Pompidou, était un cocon circulaire tendu de tissu jersey beige, frangé de moelleux, directement inspiré des tentes bédouines. Une architecture molle, une bulle de science-fiction kubrickienne — mais paulinienne, en vérité — dont la structure disparaît sous l'enveloppe. La transparence, chez Paulin, n'est pas matérielle: elle est structurelle. Il fait oublier l'ossature. C'est exactement ce qu'on cherche quand on taille un présentoir en PMMA: l'objet qui s'efface pour laisser parler ce qu'il porte.
Le lustre aux 9 000 cannes et la leçon d'atelier
Midi Libre rappelle aussi le lustre de la salle à manger de l'Élysée — 9 000 cannes de cristal suspendues au plafond. 9 000, pas 8 999. On est chez un homme qui comptait, qui assemblait pièce par pièce, qui savait qu'un même geste répété devient architecture. Pour nous, c'est un rappel brutal et nécessaire: une belle pièce n'est jamais un miracle d'usine, c'est la somme de chants polis, de collages invisibles, de micro-ajustements répétés jusqu'à ce que l'ensemble tienne sans avoir l'air tenu. Le cache-misère des présentoirs standardisés, c'est précisément cette absence de compte.
Le rendez-vous et la méthode
Paulin disait en 2003 dans un entretien publié dans Les Échos: « Je n'ai rien d'un maître à penser. Je suis un suiveur. La personne n'existe pas, c'est le produit qui doit primer. » Posture d'auteur ou coquetterie d'ego — peu importe. Ce qui reste, c'est une méthode: penser l'usage avant la forme, penser la matière avant le catalogue, accepter de disparaître derrière l'objet. Si vous passez à Montpellier avant le 1er novembre, allez-y, et regardez les pièces de près. Et si vous bossez le plexiglas, repartez-en en vous demandant honnêtement pourquoi votre dernier présentoir ressemble à tous les autres.