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Roche Bobois : analyse du recul des ventes et perspectives du mobilier haut de gamme

Le repli est « visible sur l'ensemble des zones géographiques », selon le communiqué transmis par Boursorama.

Roche Bobois : analyse du recul des ventes et perspectives du mobilier haut de gamme

Par le chiffre d'affaires qu'elle vient de publier pour le premier semestre 2026, Roche Bobois confirme ce que quiconque met le nez dans les ateliers sent depuis plusieurs mois: le haut de gamme décoratif français traverse une zone de turbulences. 187,9 millions d'euros de CA, un recul de 8,9 % à changes courants — et 7,2 % à changes constants. La direction pointe un « contexte économique global incertain ». Soit. Mais derrière la langue de bois financière, il y a des enseignes qui baissent, des magasins qui tournent au ralenti, et un seul îlot de croissance visible dans le réseau: Cuir Center, à +6,5 %. Pour ceux d'entre nous qui fabriquent du mobilier sur mesure — plexiglas, verre, métal, peu importe —, ces chiffres dessinent un paysage qu'il faut lire autrement qu'en boursicoteur.

Le chiffre qui tache: -8,9 %, et pas qu'en France

En France métropolitaine, Roche Bobois marque le pas à deux chiffres; l'Europe suit la même pente. Le constat est brutal: le consommateur de mobilier haut de gamme hésite, remet à demain, renonce peut-être. Le volume d'affaires global — toutes enseignes confondues, franchisés compris — atteint 266,4 millions d'euros, en recul de 9,2 % à changes courants. Autrement dit, les prises de commandes ralentissent, et ce qui sera livré dans six mois reflète déjà cette frilosité.

Des signaux de stabilisation, pas de reprise

Le communiqué insiste sur une « légère amélioration séquentielle » au deuxième trimestre par rapport au premier. En gros, ça descend toujours, mais un peu moins vite. La zone États-Unis/Canada repasse en croissance en dollars (+1,6 %), ce qui peut surprendre après un début d'année en chute libre. La Chine aussi, curieusement, affiche +14,6 % sur le semestre pour les magasins en propre. Ça fait du bien au tableau de bord, mais ça ne change pas la trajectoire globale. Et surtout, ces chiffres concernent les enseignes Roche Bobois et Cuir Center — pas directement les ateliers indépendants, les fabricants PMMA ou les sous-traitants de mobilier sur mesure qui vivent indirectement de cette demande.

Ce que ça change pour les artisans du mobilier et du plexiglas

Quand un acteur de cette taille perd près de 9 % de son chiffre, les ondes de choc se propagent dans toute la chaîne. Les fournisseurs de matériaux — résines, tissus, mais aussi plaques acryliques et découpes sur mesure — ressentent la baisse des commandes en aval. Pour un atelier spécialisé dans le mobilier transparent ou les présentoirs en PMMA, c'est un signal à double tranchant: d'un côté, les grandes marques ralentissent leurs achats; de l'autre, les clients qui n'achètent plus du Roche Bobois cherchent parfois des alternatives plus accessibles, plus artisanales, plus personnalisées. C'est là que le travail véritable reprend ses droits face au tape-à-l'œil de la production industrielle.

Le portefeuille de commandes de Roche Bobois stagne à 122,7 millions d'euros — exactement le même niveau qu'à fin 2025. Autrement dit, le carnet de commandes ne se vide pas, mais ne se remplit pas non plus. Un plateau. Pour les artisans, c'est le moment de se rappeler que la crise du « grand meuble décoratif » est souvent l'occasion d'un regain d'intérêt pour l'objet bien fait, le geste juste, l'assemblage invisible — toutes ces choses que la grande distribution ne sait pas produire, même en période faste.