Actualité

Sylvie-René : l'art nantais de transformer les meubles anciens en pièces design

D'après Presse Agence, 1,5 million de tonnes de meubles finissent à la benne chaque année en France.

Sylvie-René : l'art nantais de transformer les meubles anciens en pièces design

Une jeune marque nantaise, Sylvie-René, prend le taureau par les cornes cette année avec un modèle de « re-manufacture » qui mérite que l'on s'y attarde. Voilà enfin une initiative qui assume la noblesse du matériau au lieu de le planquer sous un vernis tape-à-l'œil.

Une autre idée de la seconde vie

Le procédé développé par Sylvie-René n'a rien à voir avec le relooking de surface. Les buffets, armoires et vaisseliers des années 1970-1980 — souvent en bois français de qualité, parfois du chêne massif qui ne court plus les ateliers aujourd'hui — sont entièrement démontés, débités, ré-usinés puis recomposés en pièces contemporaines. L'entreprise se positionne ainsi au niveau R6 de la hiérarchie des « 9R » de l'économie circulaire, ce qui signifie concrètement qu'un seul vaisselier massif peut devenir un buffet bas, une console et un miroir. Détail qui me plaît: chaque nouvelle pièce porte une gravure mentionnant le nom du meuble d'origine et le prénom de son ancien propriétaire. Pas du cache-misère marketing, une vraie trace de l'histoire du bois.

L'atelier plutôt que le catalogue

Le projet est né d'un deuil personnel. Marie, ébéniste de formation, n'a rien pu sauver des meubles de sa grand-mère — tous partis à la déchetterie en parfait état, faute de preneurs. Ce constat amer devient un déclic entrepreneurial au Startup Weekend de Nantes en novembre 2025, où elle rencontre Agnieszka Simon-Lewitowicz, spécialiste marketing et retail. Leur concept, alors baptisé « On The Wood Again », remporte à la fois le premier prix du jury et celui du public. Le duo se structure: Marie à la production et à l'expertise artisanale, Agnieszka à la stratégie commerciale. La campagne de préventes, lancée sur Ulule le 1er juin dernier, doit permettre d'agrandir l'atelier et de nouer des partenariats avec des sociétés de débarras en Pays de la Loire pour sécuriser l'approvisionnement en meubles anciens.

Ce que ça vaut, et ce qu'il faudra vérifier

La marque vise deux clientèles distinctes: des propriétaires de plus de 50 ans sensibles à la qualité, à la durabilité et à la fabrication locale, et une génération urbaine plus jeune, déjà engagée dans une consommation responsable. Les objectifs annoncés — détourner à terme 1 000 tonnes de meubles de la benne chaque année et atteindre un million d'euros de chiffre d'affaires cumulé d'ici 2028 — sont ambitieux. Sur mon établi, j'attendrai de juger les premières finitions: tenue des assemblages dans le temps, qualité du ré-usinage, respect des fibres du bois. Une promesse d'économie circulaire ne vaut que si le meuble vit dix ans de plus que son ancêtre, pas trois. À surveiller de près.