La chaise Savoia de Kartell : une innovation design ou un simple exercice marketing ?
À en croire le reportage de Livingetc depuis le Brompton Design District, Kartell a choisi le London Design Festival 2026 pour lancer sa nouvelle chaise Savoia, signée Barber & Osgerby.

Et comme toujours quand on me parle d'un objet censément novateur, ma main cherche le droit de critiquer.
L'argumentaire marketing contre l'établi
Le discours de Kartell tient en deux temps: une structure en aluminium moulé sous pression, présentée comme « fine », et une assise proposée en technopolymère recyclé, en bois courbé ou en cuir. Trois matières, donc, pour une seule silhouette. Sur le catalogue, ça respire la liberté de choix. Dans l'atelier, ça sent l'argument commercial pour remplir une fiche produit.
Quand un designer propose trois versions d'un même siège, je me demande d'abord laquelle il a vraiment pensée. Le bois courbé a des exigences: vapeur, cintrage, contrôle de la fibre. Le cuir, lui, accepte les tolérances que le bois refuse, et le technopolymère recyclé pardonne à peu près tout. Trois matériaux qui ne travaillent pas ensemble, mais que l'on assemble dans le même moule. Voilà le premier mensonge: une chaise, trois esprits.
La promesse du moulage sous pression
L'aluminium moulé sous pression, c'est un procédé qui autorise des sections fines, presque aériennes, tout en conservant une rigidité structurelle que le plastique n'atteint pas. Sur ce point, je veux bien reconnaître que Kartell pousse l'idée plus loin que la moyenne. Mais une structure fine n'est pas synonyme de structure durable: tout dépend de l'alliage, de l'épaisseur réelle des nervures, et de la manière dont les points de jonction avec l'assise sont pensés.
Sur une chaise, c'est l'assise qui encaisse. Si l'aluminium se contente d'être un squelette élégant pendant que le technopolymère recyclé porte l'usure quotidienne, alors on a un beau produit de salon, pas un siège de travail. Et inversement: si l'on opte pour le bois courbé ou le cuir, l'aluminium doit pouvoir encaisser les contraintes de l'assise noble. Ce jeu d'équilibriste entre trois matériaux, Barber & Osgerby le réussit peut-être. Mais la réponse, comme toujours, est sous le pied de l'utilisateur, pas dans le communiqué.
Ce que je surveillerai quand le siège sera chez un revendeur
Je ne jugerai pas la Savoia sur les photos du festival. Ces présentations polissent tout: l'éclairage est complice, les angles sont flatteurs, la presse applaudit. Le vrai test, c'est l'objet posé sur un sol dur, avec quelqu'un d'autre que le directeur artistique assis dessus.
Ce que je veux vérifier en priorité:
- La jonction entre l'aluminium et l'assise: assemblage invisible ou simplement caché par un capuchon?
- Le confort du cintrage si l'on prend la version bois courbé — un cintrage mal maîtrisé finit par casser.
- La tenue du technopolymère recyclé dans le temps, surtout aux points d'ancrage.
- L'épaisseur réelle des sections d'aluminium, souvent plus généreuse sur les visuels qu'en boutique.
Kartell a l'habitude de vendre du rêve industriel à prix d'orfèvre. Cette fois, le pedigree des designers et la sobriété apparente du dessin pourraient bien produire un objet qui mérite qu'on s'y attarde. Mais je ne signerai le chèque qu'après avoir vu l'assise démontée. Et vous devriez faire pareil.