Manila FAME 2026 : faut-il croire à la révolution du design philippin ?
Annoncé par Tatler Asia, le salon philippin Manila FAME revient en 2026 avec une promesse qui claque: « une nouvelle ère pour le design mondial ».

Manila FAME 2026: une nouvelle ère pour le design mondial
Sur le papier, l'ambition est belle — carrefour entre artisans d'Asie du Sud-Est et acheteurs internationaux. Reste à voir ce qui sortira vraiment des ateliers, et pas seulement des stands tape-à-l'œil destinés aux photographes.
Ce qu'on sait (et ce qu'on ne sait pas)
Soyons honnêtes: pour l'instant, le dossier est mince. Tatler Asia titre, point. Pas de programme détaillé publié, pas de dates précises communiquées dans la dépêche, pas de liste d'exposants confirmée. Il serait malhonnête de gonfler ce qui n'est qu'un bandeau éditorial en pleine actualité design. Manila FAME existe depuis longtemps comme salon d'export philippin — si l'édition 2026 prend vraiment ce virage « design mondial », il faudra juger sur pièces: matériaux, finitions, vraies collaborations d'atelier plutôt que collections plaquées made in Asia pour consommateur occidental en mal d'exotisme. Je note l'intention, j'attends de voir.
Pendant ce temps, Bordeaux regarde vers le Nord
Manille promet, Bordeaux inaugure. La marque danoise BOLIA ouvre le 19 novembre 2026 un nouveau magasin au 56 cours de l'Intendance — son 15e point de vente en France, d'après les informations relayées par Bouger à Bordeaux. La surface totale atteint 340 m² répartis sur deux niveaux, dont 260 m² dédiés à l'espace de vente. L'enseigne revendique un concept qui s'écarte du showroom classique: un lieu qui ressemble à un intérieur habité, où l'on prend le temps de toucher les matières.
Au cœur du dispositif: la personnalisation. Canapés modulaires, choix des tissus, des cuirs et des finitions, fabrication à la commande. Les « Dream Makers » sont là pour accompagner le visiteur dans ses arbitrages — une fonction de conseil qui rappelle, en plus musclé, ce que fait un bon artisan derrière son établi. La pause café confiée à La Cabra n'est pas qu'un détail: elle installe le rythme lent que la marque veut associer à des pièces « conçues pour durer ».
Ce que je surveille de mon établi
Sur le papier, le « New Scandinavian Design » tient une promesse cohérente: durabilité, matière, pièces pensées pour s'intégrer dans la durée. Mais à 100 % de personnalisation à la commande, on marche sur la corde raide. Quand le consommateur devient configurateur, l'artisan devient exécutant de la fiche technique. Le résultat peut être impeccable — ou devenir un cache-misère industrialisé selon la qualité réelle des ateliers qui produisent en sous-traitance.
Pour notre monde — celui du plexiglas et des pièces transparentes qui exigent de la main plutôt que du volume —, ces deux actualités disent au fond la même chose: le design se joue désormais entre personnalisation affichée et production mondialisée. Le piège pour un artisan qui travaille le PMMA, c'est de se laisser avaler par le « tout configurable » qui nivelle tout par le bas. Avant de craquer pour une nouveauté, salon ou boutique, je vérifie toujours trois choses sur l'objet: l'épaisseur réelle de la matière, le type d'assemblage, et la garantie qu'il y a bien quelqu'un derrière qui saura le réparer. Le reste, c'est du marketing.