Paris Design Week : les pépites artisanales à découvrir au-delà des effets de mode
Selon Télérama, la Paris Design Week revient du 10 au 19 septembre avec quelque cinq cents exposants éparpillés dans les musées et monuments parisiens.

Comme chaque année, je vais y faire un tour pour trier le bon grain de l'ivraie — parce que dans le design, le marketing vend souvent du rêve là où il n'y a qu'un panneau de mélaminé caché sous un placage tape-à-l'œil. Cinq cents exposants, ça veut dire cinq cents promesses; sur mon établi, il en reste souvent cinq.
Le vitrail qui assume sa matière
Anthony Guerrée investit le musée Bourdelle avec « Contrepoint », un assemblage de mobilier d'art, paravents en vitrail et pièces sculptées en frêne et terre cuite. Voilà qui parle à la main autant qu'à l'œil. Le frêne, c'est un bois qu'on respecte dans le sens de ses fibres — quand on le brusque, il se fend; quand on l'écoute, il répond. La terre cuite assume ses irrégularités et refuse le lisse de catalogue. Les paravents en vitrail, eux, jouent la transparence colorée — une langue que je connais: faire passer la lumière à travers un panneau, sans mensonge, sans collage qui jaunira dans deux hivers. Rien à voir avec un panneau acrylique découpé à la laser et peinturluré derrière. Ici, la matière se tient debout toute seule.
Le reste du parcours, entre prudent et curieux
Quelques adresses à ne pas rater avant que tout ne démonte. Jérémy Pradier-Jeauneau installe « La Tempête » sur l'Arc de Triomphe jusqu'au 4 octobre, avec accès exceptionnel à l'acrotère — pari monumental, à voir comment le bâti historique digère la greffe contemporaine. Au Grand Palais, Uchronia plante une fleur géante sous la verrière; j'attends de voir si la structure respire ou si c'est du carton-pâte rhabillé en résine. Johanna de Clisson dialogue avec les buis taillés de l'Hôtel de Soubise jusqu'au 19, et Harry Nuriev investit le Musée de la Chasse et de la Nature du 10 au 20 — à guetter pour qui aime les installations qui pensent le quotidien au lieu de le singer. Sortir à Paris signale aussi l'Hôtel de la Marine et ses expériences autour du hanji coréen et d'une voiture métamorphosée, à voir du 9 au 27.
Ce qui restera dans dix ans
Ce qui me sépare de la production de masse tient en une seule question: dans dix ans, que restera-t-il de ces pièces sur un vrai établi? Le frêne de Guerrée, je parie dessus. La terre cuite, je parie dessus. Le mobilier en kit de certains stands voisins, je l'ai déjà mis au rebut mental — assemblage invisible aujourd'hui, porte-à-faux dans six mois, chant qui s'effrite dans dix. La Paris Design Week fait son effet vitrine, et les catalogues distribués à l'entrée font le reste. Mais derrière les paillettes, il n'y a que la matière qui dit la vérité: soit elle tient, soit elle craque. Et c'est précisément ce que je vais vérifier, pied à pied, dans les salles.