Roche Bobois : Eric Amourdedieu prend la tête d'une direction aux profils financiers
Comme le rapporte Boursorama, le conseil de surveillance de Roche Bobois vient de trancher dans le vif: fin des mandats de Guillaume Demulier, et nomination immédiate d'Eric Amourdedieu à la présidence du directoire.

L'homme n'arrive pas de l'extérieur — il était directeur général et membre du directoire depuis son arrivée dans le groupe en 2001, après un détour par L'Oréal comme chef de produits puis directeur marketing. Une rotation interne, donc, que la marque présente pudiquement comme une « continuité renforcée ». Pour nous autres qui regardons le mobilier de près, c'est précisément ce type de formule qui mérite d'être démonté pièce par pièce.
Trois chaises musicales, zéro main d'atelier
Le nouveau directoire se résume à trois noms: Eric Amourdedieu, Stéphanie Berson — nommée directrice générale, ex-PWC puis The Conran Shop, en place chez Roche Bobois depuis 2016 — et Martin Gleize qui conserve son mandat. Trois profils taillés dans le marketing, l'audit et la finance. Pas un seul CV qui sente la cire d'abeille, le rabot ou le polissoir. Quand une maison qui facture ses canapés au mètre carré comme on vendrait du mètre carré parisien confie ses commandes à des gestionnaires de bilans, je repose mon tournevis et je tends l'oreille. Ce n'est pas de la rancune d'artisan: c'est qu'on lit, dans le mobilier fini, la griffe de ceux qui ont signé les chèques en amont.
Ce que je vais surveiller sur l'établi
Pour qui suit le mobilier transparent et l'acrylique haut de gamme — notre quotidien — la vraie question ne se lit pas dans le communiqué de presse: elle se voit au toucher. Roche Bobois a déjà flirté avec le PMMA par touches discrètes: certains piètements translucides, quelques plateaux aux reflets de verre, des pièces où le Plexiglas dialogue avec le cuir. La nomination d'un président formé chez L'Oréal, maison qui maîtrise l'art du contenant brillant, n'est ni une bonne ni une mauvaise nouvelle en soi. Ce qui comptera, ce sont les prochains catalogues et les prochaines livraisons en showroom. Je veux voir des chants polis au micron, des inserts thermoformés sans micro-rayure, des assemblages invisibles plutôt que des cache-misère collés à la presse. Si le PMMA devient un argument marketing de plus — feuilleté sur trois millimètres pour faire « design » —, on saura que la finance a repris la main sur l'établi. Si au contraire la matière reprend ses droits, on pourra saluer le mouvement.
Le poste ne polit pas le chant
Une réorganisation de gouvernance, fût-elle interne, ne change rien tant qu'elle ne touche pas la matière. Un président du directoire ne ponce pas un chant acrylique à la main, ne détecte pas un défaut d'injection au grain de poussière, ne tranche pas entre une plaque coulée et une plaque extrudée. Pour l'instant, je classe cette nomination dans la case « réorganisation de salle de réunion » et je garde mon calibre près de l'établi. La prochaine pièce qui sortira de leurs ateliers me dira si ce directoire à trois têtes a vraiment changé quelque chose — ou seulement réorganisé l'ordre des noms sur le papier.